Après quelques réunions de soit disant négociation sur le thème du maintien dans l’emploi des seniors, organisée par la Direction pour faire bonne figure, et face au refus de l’ensemble des organisations syndicales de cautionner par leur signature un accord au rabais, la Direction des Ressources Humaines du Groupe ESR s’est donc fendu d’un plan d’action.

Rappelons qu’un « plan d’action » est une nouvelle forme d’engagement, inventé par notre aimable gouvernement, qui permet à une entreprise de faire comme si elle faisait quelque chose mais surtout sans prendre le moindre risque et d’apparaitre comme une jolie entreprise citoyenne super préoccupée par le devenir de la populace. On ne sait s’il faut en rire ou en pleurer, mais comme la révolution se fait en chantant parait-il, on va faire un effort et sourire.

Vous trouverez ici donc le plan d’action proposé en CE par la Direction.

Petit détail, il ne reprend même pas l’ensemble des propositions de la Direction lors des réunions de négociations, propositions pourtant jugées largement insuffisantes par les syndicats pour mériter la signature d’un accord.

Nous vous laissons en prendre connaissance, c’est instructif ne serait-ce que pour avoir une idée de l’insondable ambition de l’entreprise en la matière.

On nous répondra que c’est la crise, que les temps sont difficiles, et que ce n’est pas le moment de s’engager sur la durée pour les vieux. OK, mais on aurait au moins pu nous proposer des mesures conditionnées à la situation économique de l’entreprise lors des prochaines années. C’est un plan sur 3 ans, on aurait pu avoir un peu moins maintenant, mais plus quand ça ira mieux plus tard. Mais peut être « qu’aller mieux » est tellement utopique que notre DRH a préféré ne pas perdre de temps en conjectures…

Que nous propose-t-on donc ?

Alors qu’ESR emploie à peine plus de 2% de salariés seniors (55 ans et plus), soit déjà près du tiers de ce qu’on peut trouver en moyenne dans les entreprises du secteur, l’ambition ultime de notre Direction est de conserver 80% de cet effectif à l’horizon 2012. C’est-à-dire que pour maintenir l’emploi des seniors on compte n’en voir partir que maximum 20% dans les 2 ou 3 ans à venir. L’idée d’embaucher des seniors pour maintenir le piètre niveau de 2% est jugé totalement fantaisiste. Pire, on ne compte pas les ruptures du contrat de travail à l’initiative du salarié, les licenciements pour motif économique et les décès. Qu’est ce qu’on peut bien compter alors ?

Une belle manière de dire qu’on a la suprême ambition de ne strictement rien faire.

Deuxième proposition : un entretien de fin de carrière pour les plus de 45 ans.

Un entretien tous les 5 ans, 3 entretiens sur 15 ans, jugez vous-même !!

Que va-t-il s’y dire ? Le ou la salarié(e) pourra dire ce qu’il veut faire, ce qu’il aurait bien aimé qu’on fasse l’année passée, et faire un point.

Bravo… et la Direction s’engage à… ? A rien pardi, ma bonne dame !!!

Si le salarié veut qu’on le réécoute une fois de plus pendant une période de 5 ans, elle est toute disposée à l’écouter d’une oreille discrète. Pour le reste c’est à lui de se prendre en charge, « d’être acteur de son évolution professionnelle ». Vous ne voudriez pas que l’entreprise fasse plus que ça pour les « vieux » tout de même !!!

Soyons honnêtes, concernant l’objectif chiffré la Direction fait preuve d’ambition : 100% des entretiens pour les plus de 45 ans avant fin 2012, soit moins de 150 entretiens en 3 ans. Un entretien avec un vieux chaque semaine effectivement c’est du lourd.

Concernant la formation des seniors, l’objectif est que chaque senior soit concerné annuellement par une action de développement des compétences. Très bien, mais pourquoi ne pas avoir appelé çà « formation » ? Peut être que ce n’est tout simplement pas ce que la Direction voulait dire…

La ou l’entreprise se montre plus ambitieuse c’est quand on parle du départ à la retraite.

Qu’on se le dise, les salariés âgés du Groupe ESR seraient bien mieux dehors, et la Direction entend tout mettre en œuvre pour qu’ils le comprennent bien.

Ainsi seront pris en charge les frais de stage de préparation à la retraite. On se limite à 500€ et 50% tout de même, faut pas pousser. Ce qui représente tout de même la somme astronomique de 25000€ sur 3 ans si tous les plus de 52 ans en profitaient au maximum. Oui oui vous avez bien lu, 25 suivi de 3 zéros, y a longtemps qu’on en avait pas vu autant chez ESR dans le domaine du social. Ça fait presque peur de montants pareils !

Des facilités sont également prévues pour ceux qui voudraient passer au temps partiel avant leur retraite. Seront pris en charge par l’entreprise les cotisations patronales correspondant à un temps plein. La part salariale reste à la charge du salarié, la générosité a ses limites tout de même.

Ceci dit ces cotisations patronales représentent environ 25% du salaire. 12.5 % du salaire pour se passer à 50% d’un « trop vieux pour ESR » c’est pas si cher payé finalement.

Enfin l’entreprise s’engage à s’assurer que les seniors ne subissent pas des conditions de travail trop pénibles. Elle est décidemment trop bonne, mais rappelons lui que c’est de la responsabilité de l’employeur que de s’assurer de la santé physique et psychique de ses salariés lors de l’exercice de leur travail, de TOUS les salariés. Elle ne fait pour les seniors que ce qu’elle est de toute manière tenue de faire pour chacun de nous.

Passons sur la visite médicale annuelle réservée aux plus usés d’entre nous (une par an au lieu d’une tous les deux ans) qui n’est qu’un simple retour à la situation de 2007, d’avant la casse sociale de l’été 2008 perpétrée par le gouvernement Fillion.

Très bien tout ça. Et c’est tout ?

Oui oui c’est tout !!!

Espérons que la préfecture, qui a son mot à dire sur ce plan d’action, ne se laissera pas embobiner et demandera à ESR de revenir à plus de raison.

Written by SA CGT Econocom